Arthrose et travail : comment continuer à travailler sans se mettre en danger ? 

Arthrose et travail : comment continuer à travailler sans se mettre en danger ? 

Vous venez de recevoir un diagnostic d'arthrose et la première question qui vous vient à l'esprit, c'est peut-être celle-là : est-ce que je vais encore pouvoir aller travailler ? C'est une question légitime — et souvent angoissante. Car l'arthrose, ce n'est pas seulement une douleur dans les genoux ou dans les mains, c'est aussi une réalité qui s'invite dans votre quotidien professionnel.

Bonne nouvelle : dans la grande majorité des cas, on peut continuer à travailler avec de l'arthrose. Mais quelques adaptations peuvent s’avérer être utile pour limiter les douleurs, préserver la fonction et éviter les contraintes excessives sur les articulations. On vous explique tout, sources à l'appui.

Quand on a de l'arthrose, peut-on continuer à travailler ?

La réponse courte : oui, le plus souvent. La réponse complète : ça dépend de votre travail, de votre articulation touchée et du stade de votre arthrose.

L'arthrose est une maladie chronique de l'articulation, caractérisée notamment par une altération progressive du cartilage articulaire.1 Elle peut affecter les genoux (on parle alors de gonarthrose), les hanches (coxarthrose), les épaules, les mains, les chevilles ou encore le rachis lombaire (lombarthrose). Selon l'articulation concernée, les contraintes au travail ne sont pas les mêmes.

Ce qui est certain, c'est que le repos complet, ou plutôt l’arrêt prolongé de toute activité n'est généralement pas recommandé. La pratique d'une activité physique adaptée est recommandée dans les arthroses périphériques, avec un niveau de preuve élevé des bénéfices — c'est ce que rappelle la HAS dans ses fiches de prescription d'activité physique publiées en juillet 20222. Pour la majorité des personnes atteintes d’arthrose, l'enjeu n'est donc pas d'arrêter de travailler, mais d'adapter son poste de travail et ses habitudes pour préserver ses articulations. En effet, certaines formes sévères d’arthrose peuvent entrainer des arrêts de travail.

Si l'adaptation du poste de travail — dans le cadre ou non d'une reconnaissance en qualité de travailleur handicapé — n'est qu'un outil parmi d'autres, le maintien en emploi contribue à la santé physique, psychique et sociale, comme le souligne La Revue du Praticien (2026)3.

Quelques principes à retenir si vous continuez à travailler :

Faites des pauses régulières. Alterner les positions, se lever et marcher quelques minutes au cours de la journée permet de limiter les contraintes prolongées sur les articulations.

Ne restez pas en position fixe trop longtemps. Que vous soyez assis devant un écran ou debout derrière un comptoir, le maintien prolongé d'une même posture peut favoriser l’apparition ou l’aggravation des douleurs articulaires chez certaines personnes.

Signalez votre situation au médecin du travail. Ce dernier peut proposer des aménagements de poste — siège ergonomique, repose-pieds, table réglable — qui font parfois une vraie différence. Les recommandations 2024 de la Société française de rhumatologie (SFR) sur l'arthrose de la main insistent sur l'importance de l'information et de l'auto-gestion du patient, objectifs partagés avec le médecin du travail dans le cadre professionnel.4

Quels emplois sont à éviter en cas d'arthrose ?

Certains métiers sont objectivement plus difficiles à exercer avec de l'arthrose, parce qu'ils exposent davantage les articulations à des contraintes mécaniques répétées, et certains emplois peuvent donc nécessiter des adaptations en cas d'arthrose.

Des preuves solides, montrent que les travailleurs devant exécuter des tâches sollicitant de façon importante les genoux — monter et descendre des escaliers, s'agenouiller sur des surfaces dures, soulever de lourdes charges — sont plus à risque de développer une gonarthrose, selon un bilan des connaissances recensé dans le portail documentaire de l'INRS.5

Plus précisément :

En cas d'arthrose du genou ou de la hanche : les métiers impliquant de longues stations debout (restauration, commerce, soins infirmiers, enseignement), les postes nécessitant de fréquents agenouillements (plombier, carreleur, jardinier), ou encore les emplois exigeant le port répété de charges lourdes.

En cas d'arthrose de la main ou du pouce : toute activité avec des mouvements répétitifs des doigts et du poignet (clavier intensif, caisse enregistreuse, coiffure, couture). peuvent majorer les douleurs ou la gêne fonctionnelle et nécessiter des adaptations du poste de travail. La répétition prolongée des mêmes gestes, comme dans certains métiers manuels ou artistiques (couture, musique, coiffure, etc.), peut contribuer à l'usure des articulations et favoriser l'apparition de l'arthrose chez certaines personnes.

En cas de lombarthrose : les postes impliquant une position assise prolongée ou des manutentions répétées peuvent être moins bien tolérés, ainsi que les travaux de manutention ou de levage répétitif.

Cela ne signifie pas qu'il faut abandonner sa profession. Cela signifie qu'une discussion avec votre médecin traitant, votre rhumatologue et le médecin du travail s'impose pour évaluer ensemble les adaptations possibles. Des solutions existent : orthèses de travail pour stabiliser un genou ou pour un poignet, semelles orthopédiques, aménagements ergonomiques.

Arthrose : quelle durée pour un arrêt de travail ?

Un arrêt de travail pour arthrose n'est pas systématique — il est prescrit selon la sévérité des symptômes et les contraintes du poste. Il n'existe pas de durée standard : tout dépend de votre situation.

On distingue généralement deux cas :

L'arrêt ponctuel lors d'une poussée inflammatoire

L'arthrose évolue par crises : des périodes de douleur intense, parfois accompagnées d'un gonflement articulaire, alternent avec des phases plus calmes. L'arthrose peut ainsi impacter la vie personnelle et professionnelle, et pendant une crise, votre médecin peut vous prescrire quelques jours à quelques semaines d'arrêt selon l'intensité et votre activité.

L'arrêt plus long en cas d'arthrose sévère

Pour une gonarthrose ou une coxarthrose à un stade avancé, notamment avant ou après une intervention chirurgicale (prothèse), les arrêts peuvent s'étendre de plusieurs semaines à quelques mois. Dans les formes avancées de gonarthrose ou de coxarthrose, une intervention chirurgicale telle que la pose d'une prothèse peut parfois être envisagée lorsque la douleur et la limitation fonctionnelle deviennent importantes malgré un traitement bien conduit. Dans ce contexte, l'arrêt de travail peut s'étendre sur plusieurs semaines ou plusieurs mois selon l'intervention réalisée et les contraintes professionnelles.

Si votre arthrose vous empêche durablement d'exercer votre métier, d'autres dispositifs existent : la RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé), qui ouvre droit à des aménagements de poste et à certaines aides, ou dans les cas les plus sévères, une demande d'invalidité auprès de la Sécurité sociale. Votre médecin traitant est le bon interlocuteur pour vous orienter dans ces démarches.

Arthrose et travail : les réflexes à adopter au quotidien

Au-delà des arrêts de travail et des aménagements de poste, il existe des habitudes simples qui font la différence dans la vie de tous les jours.

L'activité physique adaptée — le traitement de première intention

C'est probablement le conseil le plus important et le moins intuitif. Toutes les recommandations nationales et internationales (EULAR, ACR, OARSI) placent l'activité physique adaptée comme traitement de première intention dans l'arthrose, avec un haut niveau de preuve et de consensus entre experts — des essais randomisés contrôlés et méta-analyses ayant démontré l'efficacité des exercices sur la douleur, les limitations d'activité et la qualité de vie2. La marche, la natation, le vélo ou le yoga doux sont particulièrement recommandés.

Les orthèses et dispositifs de soutien

Selon l'articulation touchée, le port d'une orthèse ou d'une genouillère pour arthrose pendant les activités professionnelles peut réduire la douleur et stabiliser l'articulation. Ces dispositifs médicaux ne sont pas là pour remplacer le mouvement — ils sont là pour vous permettre de continuer à bouger en sécurité.

La gestion du poids

Les cellules graisseuses, plus grandes et plus nombreuses chez les personnes en surpoids, libèrent des molécules qui favorisent un état inflammatoire chronique de faible intensité, exacerbant l'arthrose et susceptibles de participer aux mécanismes impliqués dans la progression de l'arthrose, même dans les articulations non soumises à la contrainte du poids1. En marchant, les genoux subissent des forces bien plus importantes que le poids du corps, généralement entre 2 et 3 fois ce poids6 et lors d’un saut ou d’une réception, vos genoux peuvent supporter une charge bien plus importante que votre poids, parfois jusqu’à 3 à 4 fois plus7. — ce qui explique l'association bien documentée entre surcharge pondérale et dégradation du cartilage. Une perte de poids, même modérée, améliore significativement l'état fonctionnel.

Une alimentation équilibrée riche en aliments d’origine végétale

L'obésité provoque non seulement de fortes contraintes mécaniques mais contribue à la destruction du cartilage en favorisant un état inflammatoire chronique, via la diffusion excessive de cytokines pro-inflammatoires, rappelle La Revue du Praticien3. À l'inverse, une alimentation riche en oméga-3 (poissons gras, graines de lin, noix) et en antioxydants (fruits rouges, légumes verts) peut contribuer à moduler cette inflammation.

L'arthrose change des choses — c'est indéniable. Mais elle ne signe pas la fin de votre vie professionnelle. Avec les bons aménagements, les bons gestes et les bons outils, la grande majorité des personnes atteintes d'arthrose continuent à travailler et à rester actives.

L'essentiel est de ne pas rester seul face à ces questions. Votre médecin traitant, votre rhumatologue, le médecin du travail et les professionnels de la rééducation sont là pour vous accompagner.

 

Cet article est à visée informative. Il ne se substitue pas à un avis médical. En cas de doute sur votre état de santé ou votre aptitude au travail, consultez votre médecin.

  1. Chen, D., Shen, J., Zhao, W., Wang, T., Han, L., Hamilton, J., & Im, H. (2017). Osteoarthritis: toward a comprehensive understanding of pathological mechanism. Bone Research, 5 
  2. Collège. (2022). Prescription d’activité physique. Arthroses périphériques. In HAS. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2022-08/fiche_aps_arthroses_vf.pdf 
  3. Vivre avec une arthrose. (n.d.). La Revue Du Praticien. https://www.larevuedupraticien.fr/article/vivre-avec-une-arthrose 
  4. Kouki, I., & Courties, A. (2025, December 12). Traitements de l’arthrose des mains – Les recommandations de la SFR. Rhumatos. https://rhumatos.fr/traitements-de-larthrose-des-mains-les-recommandations-de-la-sfr/#:~:text=Les%20anti%2Dinflammatoires%20non%20st%C3%A9ro%C3%AFdiens%20(AINS)%20topiques%20sont%20recommand%C3%A9s,%C3%A0%208%20semaines%20(10). 
  5. Gaudreault, N., Durand, M., Moffet, H., Hébert, L., Hagemeister, N., Feldman, D., Bernier, M., Genest, K., Laprise, S., & Mayrand-Paquette, A. (n.d.). Bilan des connaissances sur les facteurs de risque de l’arthrose du genou et sur les outils d’évaluation et les interventions en matière de soins et services. PhareSST. https://pharesst.irsst.qc.ca/expertises-revues/36/ 
  6. Thelen DG, Won Choi K, Schmitz AM. Co-simulation of neuromuscular dynamics and knee mechanics during human walking. J Biomech Eng. 2014 Feb;136(2):021033. doi: 10.1115/1.4026358. PMID: 24390129; PMCID: PMC4023657. 
  7. Lipps DB, Wojtys EM, Ashton-Miller JA. Anterior cruciate ligament fatigue failures in knees subjected to repeated simulated pivot landings. Am J Sports Med. 2013 May;41(5):1058-66. doi: 10.1177/0363546513477836. Epub 2013 Mar 4. PMID: 23460331; PMCID: PMC6388619. 

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