Arthrose du pouce : comprendre la rhizarthrose
L'anatomie du pouce : un pilier de la main
Le pouce représente à lui seul près de 40 % de la fonction de la main(1). Grâce à sa mobilité il permet de saisir et de pincer, et rend possibles la plupart des gestes du quotidien. Mais cette polyvalence a un prix : l’articulation située à la base du pouce, appelée trapézo-métacarpienne (ou carpométacarpienne), est l’une des plus sollicitées. C’est à ce niveau qu’apparaît l’arthrose du pouce, également nommée rhizarthrose.

Qu’est-ce que la rhizarthrose ?
La rhizarthrose correspond à une usure progressive du cartilage qui recouvre les surfaces osseuses entre le trapèze (un os du poignet) et le premier métacarpien (base du pouce).
Lorsque ce cartilage s’altère, les os frottent l’un contre l’autre, entraînant inflammation, douleur et rigidité. À mesure que la maladie progresse, des déformations peuvent apparaître, comme le pouce en “Z”, typique des formes avancées. Cette déformation est liée à un léger déplacement de l’os situé à la base du pouce, accompagné d’un rapprochement du pouce vers la paume et d’une diminution de l’espace entre le pouce et l’index(1).
L'arthrose du pouce : symptômes
Les premiers signes de la rhizarthrose passent souvent inaperçus : une gêne pour ouvrir un bocal, lors de la rotation d’une clé ou pour porter des objets lourds. Puis la douleur devient plus fréquente, parfois continue, et peut gêner le sommeil.
Les principaux symptômes incluent :
- une douleur à la base du pouce, irradiant parfois vers le poignet ;
- une perte de force de préhension, rendant difficiles les gestes de serrage ou de pincement ;
- une raideur articulaire, notamment le matin ;
- une déformation visible du pouce dans les formes évoluées ;
- parfois une atrophie musculaire à la base du pouce.
Les causes et les facteurs de risque(1,2)
La rhizarthrose résulte le plus souvent d’une laxité ligamentaire au niveau de l’articulation trapézo-métacarpienne2. Cette hyperlaxité entraîne une augmentation des contraintes mécaniques sur l’articulation, provoquant une perte progressive du cartilage, des conflits osseux et des douleurs.
D’autres facteurs augmentent les risques de son développement, comme :
- le genre, les femmes sont plus touchées, en lien probablement avec des facteurs hormonaux comme la ménopause(1,2) ;
- l’âge, la maladie apparaissant généralement après 70 ans(1) ; les gestes répétitifs sollicitant le pouce, l’arthrose du pouce est une maladie professionnel connue (couture, jardinage, musique, travail manuel)(3);
- les antécédents de traumatisme du pouce(1) ;
- une prédisposition familiale à l’arthrose.
L’évolution de la maladie : la classification d’Eaton-Littler(5)
Bien que le diagnostic de la rhizarthrose soit le plus souvent posé cliniquement par le médecin généraliste, la sévérité de l’atteinte peut être évaluée radiologiquement à l’aide de la classification d’Eaton-Littler, dont le stade IV a été ultérieurement modifié par Eaton et Glickel. Cette classification décrit quatre stades d’évolution :
Stade I – Début de l’usure : Les premiers signes apparaissent : l’articulation à la base du pouce est un peu plus large que la normale, mais sans véritable usure visible.
Stade II – Usure modérée : L’articulation commence à s’user légèrement : l’espace entre les os se rétrécit un peu, l’os devient plus dense et de petits kystes ou petites excroissances osseuses (ostéophytes) inférieures à 2 mm peuvent apparaître.
Stade III – Arthrose avancée : L’usure devient importante : l’espace entre les os est très réduit, les os sont épaissis, avec des kystes et des ostéophytes plus gros (supérieurs à 2 mm).
Stade IV – Arthrose étendue : L’arthrose s’étend : les mêmes signes qu’au stade III sont présents, mais une autre articulation voisine (entre le scaphoïde et le trapèze) est aussi touchée.
Cette échelle permet d’adapter la prise en charge, depuis le port d’orthèse jusqu’à la chirurgie.
Comment soulager une arthrose du pouce ?
Le traitement médical
Dans la majorité des cas, la prise en charge commence par des mesures conservatrices.
Le port d’une orthèse de repos ou de fonction aide à stabiliser l’articulation et à réduire les douleurs tout en préservant la mobilité nécessaire aux activités quotidiennes(1).
Des médicaments antalgiques ou anti-inflammatoires peuvent être prescrits lors des crises(1,4). En cas d’inflammation persistante, une injection intra-articulaire peut apporter un soulagement temporaire(1).
Enfin, des exercices thérapeutiques(1,4) par un kinésithérapeute ou un ergothérapeute aide à renforcer la main, préserver la souplesse et adopter les bons gestes pour limiter les contraintes sur le pouce.
Le traitement chirurgical(1)
La chirurgie est utilisée pour traiter la douleur persistante et la perte de fonction à la base du pouce lorsque le traitement conservateur (comme le port d’une orthèse) ou le traitement médical (comme les antalgiques oraux) ne suffit plus à réduire la gêne fonctionnelle et la douleur(6).
La trapézectomie (ablation de l’os trapèze) reste l’intervention la plus courante. Elle peut être associée à une interposition tendineuse pour stabiliser le pouce.
D’autres options existent, comme la pose d’une prothèse trapézo-métacarpienne ou, plus rarement, l’arthrodèse (fusion des os). Ces interventions visent à supprimer la douleur et à restaurer une fonction satisfaisante, avec une mobilité légèrement réduite mais stable.
Le rôle essentiel de l’orthèse
L’orthèse est un pilier du traitement non chirurgical de la rhizarthrose.
Les attelles rigides de repos sont recommandées la nuit ou lors des poussées inflammatoires pour immobiliser l’articulation.
Les orthèses souples de fonction, plus discrètes, peuvent être portées en journée pour soutenir le pouce tout en préservant la mobilité.
Elles doivent être adaptées individuellement par un professionnel de santé pour garantir confort, efficacité et bon alignement articulaire.
Vivre avec une rhizarthrose
Même si l’arthrose du pouce est une maladie chronique, il est possible de préserver sa qualité de vie grâce à une prise en charge adaptée.
Adopter des gestes protecteurs — éviter les torsions, utiliser des objets ergonomiques, maintenir la souplesse de la main — contribue à limiter les douleurs et à ralentir la progression. L’application locale de chaleur peut aider à soulager la douleur en période de crise(4).
Une approche coordonnée entre le médecin, le kinésithérapeute et l’orthésiste permet à la plupart des patients de conserver une autonomie satisfaisante au quotidien.
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- Gillis J., Calder K., Williams J., Review of thumb carpometacarpal arthritis classification, treatment and outcomes, . can J Plast surg 2011;19(4):134-138.
- M J W van der Oest et al., The prevalence of radiographic thumb base osteoarthritis: a meta-analysis, Osteoarthritis and Cartilage, 2021, Vol. 29, Issue 6, p. 785-792
- ACOEM hand, wrist and forearm disorders guideline 2023 [OnLine] consulted Sept 2025 https://www.dir.ca.gov/dwc/DWCPropRegs/2023/MTUS-Evidence-Based-Update-July/Hand-Wrist-Forearm-Disorders.pdf
- Kennedy CD, Manske MC, Huang JI. Classifications in Brief: The Eaton-Littler Classification of Thumb Carpometacarpal Joint Arthrosis. Clin Orthop Relat Res. 2016 Dec;474(12):2729-2733. doi: 10.1007/s11999-016-4864-6. Epub 2016 May 4. PMID: 27146653; PMCID: PMC5085928.
- Wajon A, Vinycomb T, Carr E, Edmunds I, Ada L. Surgery for thumb (trapeziometacarpal joint) osteoarthritis. Cochrane Database of Systematic Reviews 2015, Issue 2. Art. No.: CD004631. DOI: 10.1002/14651858.CD004631.pub4. Accessed 06 November 2025


